Canoë
Vernissage Jeudi 21 Mars 2013
Rectangle, Bruxelles

www.philippedurand.fr
www.laurentgodin.com

PHILIPPE DURAND, Canoë, 2013

PHILIPPE DURAND, Canoë, 2013

PHILIPPE DURAND, Canoë, 2013 Courtesy the artist and Galerie Laurent Godin

PHILIPPE DURAND, Canoë, 2013

PHILIPPE DURAND

PHILIPPE DURAND

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

21 mars, jour du printemps. Photographe français, adepte de la flânerie et du voyage, Philippe Durand travaille souvent à rebours, préférant regarder le monde à l’envers dans le reflet des flaques ou dans celui des vitrines de magasin. Ici, au cœur d’un quartier populaire de Bruxelles, alors que l’hiver s’attarde, l’artiste nous propose avec un temps d’avance sur les campagnes agressives des agences de voyages, une pause bucolique en bord de rivière.
Vous êtes sur la Sioule, en Auvergne, il est midi, vous venez de descendre 10 km de rivière en canoé, il fait 30°. Vous méritez bien une pose et une crème glacée…

La publicité dans l’espace public est un des sujets de prédilection de l’artiste. Ses séries “Phoenician billboards”, “3615”, “Pharmacie”, comme ses différents portraits de ville en témoignent largement. Il n’est donc pas étonnant que pour Rectangle et son panneau singeant le modèle de l’affichage publicitaire, Philippe Durand ait proposé de la pub! Mais comme souvent chez lui, c’est dans l’abîme que se trouve le reflet du monde. Il faut regarder dans la marge pour accéder au message. La succession frontale de plans que constitue ce paysage quasiment monochrome (une berge douce, une rivière où se reflète un rideau de verdure dont émane presque une odeur d’été) forme devant la réalité urbaine et grise, un écran impénétrable. Alors sur ce gazon trop bien tondu pour être naturel, mieux vaut céder à la réclame rassurante qui encadre cette jungle contenue, et se laisser tenter par un bâtonnet de glace. Accrochons-nous au message pour ne pas voir l’absence troublante que Philippe Durand aime souvent capter dans ses photographies. Le calme serein de la rivière cache mal l’évènement annoncé.

Car pour l’artiste, l’œuvre fonctionne aussi comme une annonce. Celle qui comme au cinéma veut promouvoir le divertissement à venir (encore de la pub!). Projeté dans l’Atelier le soir du vernissage, le film “Canoë” (2012), est le pendant de l’affiche, le déroulement de l’évènement.
Tourné à quelques coups de pagaies du lieu où a été prise la photographie, le film (un plan séquence de 14 minutes)  montre la rivière, calme et tranquille à l’arrière-plan, un rapide à faible tirant d’eau à l’avant plan sur lequel viennent peu à peu s’agglutiner des canoés par dizaines, formant un véritable embouteillage qui remplit littéralement l’écran. “S’amusant de la sur-organisation des loisirs de masse, note François Piron dans le communiqué de sa récente exposition parisienne à la Galerie Godin, c’est au film Weekend de Godard que l’on pense, et à son long travelling sur les bouchons de départ en vacances pendant lequel des enfants se lancent un ballon de voiture en voiture. Arpenteur autant ironique que contemplatif, Philippe Durand cultive de l’esprit d’enfance une aptitude à saisir l’environnement comme espace de jeu, et un enthousiasme sarcastique face aux disproportions et au grotesque de ce qui s’érige en importance (mots d’ordre, architectures, superstructures), qu’il dégonfle immanquablement par sa saisie des envers du décor.”

Vous reprendrez bien une glace?

Cédric Alby